Le kasàlà

« Il faut savoir se mettre à l’écart pour que l’autre puisse passer. »

Proverbe africain

« Quand on énonce ses noms de force, on renforce le cœur des autres. »

Jean Kabuta

Jean Kabuta Kasala

Issu des littératures orales africaines, le kasàlà contemporain est une pratique poétique qui célèbre la personne dans sa noblesse et son mystère et l’appelle à l’existence. Le kasàlà était traditionnellement récité par les griots, poètes musiciens africains, à l’occasion d’un deuil ou d’un mariage, à la fin d’une initiation, pour accueillir un hôte, introniser un chef, comme chant clanique ou comme chant d’adieu. École de l’émerveillement et de la gratitude, le kasàlà est un poème-récit qui inscrit le sujet dans son environnement, son histoire et sa lignée, lui permettant de renouer avec ses racines et sa terre.

 

Plus qu’un art poétique, le kasàlà est une voie philosophique qui repose sur l’ubuntu, l’art d’être humain. L’ubuntu est une invitation à devenir un peu plus humain chaque jour. Dans la voie de l’ubuntu, l’être humain est responsable de participer à sa propre création. Il a le souci de l’autre, de la vie et il veille à prendre soin de tout ce qui est vivant. L’ubuntu est à la fois sagesse, patience, bienveillance, générosité, hospitalité, gratitude, amitié, courage, respect et savoir-vivre, toutes ces qualités qui impliquent la relation à l’autre.

 

C’est le professeur Jean Ngo Semzara Kabuta – congolais de naissance et belge d’adoption – qui a répandu le kasàlà contemporain en Europe et en Amérique du Nord. Professeur de linguistique et de littérature africaines à l’Université de Gand pendant près de vingt ans, Jean Kabuta vit aujourd’hui à Rimouski où il anime des ateliers qui font la part belle à la poésie et à la philosophie africaines. J’ai eu la chance d’être initiée au kasàlà par cet être lumineux en 2012 et, après avoir suivi auprès de lui de nombreuses formations, je suis devenue formatrice à mon tour.

Kasàlà à nos lignees de femmesThuy Aurélie Nguyen

« Rendre hommage met en mouvement une machinerie secrète qui ouvre les prisons.

En m’inclinant devant l’autre, je ne signifie pas que tout ce qui le constitue était parfait mais que j’ai entrevu, par grâce, l’éternité qui le fonde, la part indestructible de son être.

Aussitôt, les apparences, les tentatives non abouties, les échecs et les blessures perdent de leur virulence et s’effritent sous la tranquille action du temps. » […]

Il me m’est demandé en somme qu’un seul geste pour rester digne de la vie – et quelle qu’ait été la souffrance que j’ai subie : m’incliner. Cette loi secrète semble jouer dans toute vie. »

 

Christiane Singer